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2 septembre 2019 Olivier

Echange d’expertise et prospection à Montréal auprès de l’organisme MU

Septembre déjà… comme l’été passe vite ! Et pourtant les derniers mois ont été tellement intenses. Alors, avant d’entrer dans le vif du sujet et de parler de mon voyage à Montréal, petit retour sur les derniers événements : d’abord la réalisation de notre première murale avec Faben et T-Kay en juin. Puis, la rencontre de Elizabeth-Ann Doyle que nous avons eu le plaisir d’accueillir à Nice. Ce jour là, Michel Sajn, membre fondateur de Phenix Lab et également directeur du magazine culturel La Strada était avec moi.

Pour information, Elizabeth est la co-fondatrice d’un organisme nommé MU, qui opère à Montréal depuis 2004 et dont le mandat est la réalisation et la production de murales ancrées dans les communautés locales. Les murales ce sont ces peintures grand format -parfois aussi des mosaïques- réalisées sur des murs. Le terme murales est plus approprié que fresques, ce dernier terme désignant une technique particulière consistant à déposer des pigments sur un enduit frais.

Donc notre truc, à MU comme à nous, c’est les murales ! Mais c’est surtout la mise en place d’une démarche participative dans la réalisation de celles-ci qui nous rapproche vraiment. Nous y reviendrons un peu plus tard.

Avec MU, nous échangions à distance depuis un moment à propos de notre projet Phenix Lab. Elizabeth m’a donné beaucoup d’informations utiles et des documents de travail pour m’aider à définir nos objectifs et mettre en place une méthode de travail. Elle m’a surtout beaucoup écouté, et ça ça n’a pas de prix ! Au mois de juin nous avons donc passé un moment très convivial ensemble à Nice.

Elle même ayant reçu de l’aide de la part de Mural Art Philadelphia à l’époque pour créer MU, elle est très enthousiaste à l’idée de nous aider à implanter ce modèle dans la Région Sud. Elle m’a spontanément mis en relation avec la Délégation Générale du Québec à Paris qui a m’a tout de suite, en juillet, proposé une mission dont l’objet était : “Echange d’expertise et prospection à Montréal auprès de l’organisme MU” .

Il ne me restait alors que peu de temps pour préparer mon passeport et organiser un voyage pour le mois d’août 2019, entre le 1er et le 15 exactement. Clairement, j’étais très excité à l’idée de rencontrer l’équipe de MU dans leurs locaux et de voir en vrai les dizaines de murales réalisées. Mais j’étais également curieux de voir comment et dans quel contexte toute cette économie autour du Street Art arrivait à prospérer. Car oui il y a une économie, des gens vivent de ça. Et si ça marche là-bas c’est parce qu’on fait confiance à ces gens et qu’il y a des enjeux importants : culturels bien sûr, touristiques certainement, mais surtout sociaux ! Alors, comment MU s’organise pour mettre en place ses projets ? Et comment cet organisme cohabite-t-il avec d’autres acteurs majeurs du Street Art à Montréal ?

 

MU : organisateur de projets “humains” avant tout.

A Montréal le street art est réellement partout, surtout les peintures. Sur des petites portes, des jardinières ou des containers, sur des façades de tailles modestes, des habitations de deux ou trois étages, voire des bâtiments immenses. Horizontales, verticales, des fois à même le sol, ces oeuvres réalisées légalement ou illégalement créent un paysage particulier. Elles font réfléchir, rêver, aimer…

Alors, dans le lot, MU se distingue par ses projets de murales participatifs : consultations citoyennes quand cela est possible, ateliers pédagogiques “Laisse ta trace”, participation aux programmes “Labs éphémères” dans les groupes scolaires, ainsi que des collaborations avec des étudiants et des médiateurs culturels.

Depuis ses débuts, MU a su s’entourer de partenaires fidèles comme l’OMHM (Office Municipal d’Habitation de Montréal) par exemple, la Ville de Montréal pour les financements et Benjamin Moore pour ne citer qu’eux…  Pour information, L’OMHM est l’organisme qui gère les HLM de Montréal. Notre équivalent à Nice serait Côte D’Azur Habitat (anciennement OPAM).

Il faut savoir aussi que MU a obtenu le titre d’organisme de bienfaisance, ce qui lui confère un caractère éthique et une notoriété indéniable. Cela permet également à ses donateurs et mécènes de défiscaliser une partie importante de leurs dons.

Après une visite de leurs locaux au 81 Boulevard de Maisonneuve East, dans un appartement transformé négocié avec la Corporation d’habitations Jeanne-Mance, nous avons fait un tour du quartier. Deux thématiques de murales y sont remarquables : d’une part Les Saisons montréalaises réalisées par David Guinn et Philipp Adams et d’autre part Les éléments par Philipp Adams. L’idée de créer des séries avec des thématiques a du sens, surtout quand elles sont en lien avec la nature, dans ce quartier modeste en cours de réaménagement et soucieux du bien-être de ses habitants.

Nous avons ensuite fait une virée un peu exceptionnelle pour filmer toutes les murales réalisées en partenariat avec l’OMHM depuis les débuts de MU. En effet, cette année l’OMHM célèbre ses 50 ans et a demandé à MU de réaliser une petite vidéo retraçant l’histoire de leur collaboration. D’ailleurs, pour cet événement, une murale gigantesque vient de voir le jour avec l’artiste Cécile Gariépy.

J’ai pu visiter ensuite plusieurs écoles où les élèves réalisent des productions artistiques sur des préfabriqués installés pour répondre temporairement à un besoin d’expansion. Ce sont les Labs éphémères. La thématique universelle du vivant et celle du végétal y sont traitées dans un style abstrait. A l’initiative de la Commission scolaire de Montréal, les Labs éphémères sont proposés à plusieurs organisations, dont MU, qui en a réalisé 20 sur 80 en deux ans.

En parallèle, en milieu parascolaire, MU développe le programme Laisse ta trace qui compte à ce jour plus d’une centaine de murales réalisées ! Elles sont l’aboutissement d’ateliers où les jeunes découvrent l’histoire de l’art murale, les différentes techniques utilisées, les différents métiers reliés au monde de l’art via des rencontres avec des artistes de différents horizons (illustrateurs, peintres, vidéastes, bédéistes, calligraphes etc…). Vous pouvez découvrir quelques uns de ces projets dans la rubrique Jeunesse du site de MU.

Ce programme s’adresse aux jeunes de fin de secondaire, l’idée est de leur donner l’opportunité de léguer une oeuvre à leur école avant de la quitter et de leur faire connaître les différentes possibilités d’orientations artistiques pour la suite de leurs études. C’est ce volet parascolaire qui vaut à MU d’être un organisme de bienfaisance.

Tous ces dispositifs et programmes fonctionnent bien et sont réalisés fréquemment, en collaboration avec les équipes pédagogiques des groupes scolaires. Ainsi, ces actions contribuent grandement à la qualité de vie des élèves à l’appropriation de leur environnement et à leur insertion dans la vie sociale.

Ces projets participatifs sont également mis en place dans d’autres lieux que les groupes scolaires : les maisons de quartiers, maisons des jeunes ou tout lieu de vie collectif permettant aux occupants de créer du lien en pratiquant une activité artistique. En fait, pour bien comprendre la démarche globale, les ateliers créatifs ou pédagogiques sont idéalement réalisés “autour” d’un projet de murale. Cette approche permet aux habitants d’un quartier de s’approprier l’oeuvre qu’on y implante. Ils peuvent ainsi s’inspirer du thème et des techniques utilisées par l’artiste, voire interagir avec lui.

MU est aussi connu pour ses projets hors normes : “Tower Of Songs” par exemple a été réalisé à la mémoire de Léonard Cohen. C’est un portrait monumental réalisé sur un immeuble par les artistes El Mac et Gene Pendon en 2017. Jettez un oeil sur ce lien pour en savoir plus sur cette oeuvre exceptionnelle !

J’ai donc pu découvrir beaucoup de choses avec l’équipe de MU durant ce séjour. Nous avons aussi eu le temps d’échanger sur des perspectives possibles de collaborations entre Montréal et la Région Sud en France. Alors je tiens à remercier encore une fois Elizabeth-Ann Doyle et ses collaborateurs, notamment Olivier Bousquet, le photographe officiel, pour leur disponibilité et leur accueil chaleureux.

Vous l’avez compris, MU est un acteur majeur du street art à Montréal. Aussi, ne pouvant montrer tout leur travail dans cet article, je vous invite à visiter le site de MU, leur page Instagram, ou la page consacrée à MU sur le site Art Public Montréal pour voir la centaine de projets réalisés et des photos à couper le souffle !

 

Les Productions ASHOP : les pros des murales Made in Montréal !

Avant de m’envoler pour Montréal, j’avais pris contact avec les Productions ASHOP pour leur rendre visite afin d’en savoir un peu plus sur leurs activités et leur manière de travailler. C’est une sacrée équipe ! De mon point de vue, leur travail artistique est juste parfait, tout ce que j’aime : de belles typographies, des hyper-réalismes, des paysages et ambiances superbement réalisés, le tout très coloré. Bref, beaucoup d’imagination et une qualité irréprochable !

ASHOP c’est principalement un collectif d’artistes muralistes, le ASHOP Crew, composé de Fluke, ZekAnkhOne, Dodo et Earth Crusher, entourés par tout le staff des Production ASHOP pour la gestion de projets, la direction artistique, la relation client et l’atelier. Au bas mot, c’est 10 personnes qui s’activent toute l’année pour démarcher et produire des murales et d’autres projets d’envergure aux 4 coins de la planète. Mon ami Noé Sardet qui m’accueillait chez lui à Montréal connaissait bien AnkhOne, un des artistes, c’est ainsi qu’on a d’abord échangé autour d’un repas maison très décontracté. On a vraiment sympathisé, AnkhOne est un gars génial, modeste et talentueux à la fois !

Ensuite j’ai pu visiter les locaux des Productions ASHOP au 3081 Rue Ontario Est, Montréal, au 3ème étage d’un bâtiment en apparence un peu à l’abandon mais qui très bien entretenu à l’intérieur ! Je découvre de vastes bureaux, puis le studio graphique et l’atelier où là, j’ai pris une bonne claque : toute la gamme de bombes Belton Molotov avec un sacré stock… nécessaire en fait quand on doit réaliser de gros chantiers toute l’année.

Les Productions ASHOP c’est donc du vrai business, une équipe très pro et des projets pharaoniques tous plus fous les uns que les autres. Si vous n’êtes pas encore convaincus, allez faire un tour sur le site ASHOP Productions ou sur leur page Instagram du ASHOP Crew.

 

Festival UNDER PRESSURE : une institution depuis 24 ans !

Ankh m’avait dit quand on s’est vu qu’il était en train de réaliser une murale au festival Under Pressure qui venait de commencer dans le centre de Montréal. C’est un festival annuel, au début du mois d’août qui rassemble les amateurs de culture Hip-Hop du monde entier depuis 1996. Fondé à l’époque par les Graffiti artists Seaz et Flow, il est resté un des rendez-vous les plus authentiques dans le milieu du street art. Les artistes n’y sont pas rémunérés, c’est plutôt une grosse fête qui se déroule dans un très bon esprit et avec une organisation millimétrée. Vous pouvez vous faire une petite idée de l’ambiance en regardant la vidéo ci-dessous.

 

Avec Noé on s’est dit qu’on allait passer faire un tour là-bas en soirée. Et on a bien fait !… Arrivés là-bas, on a rejoint AnkhOne, qui, après la peinture était cool avec des amis en train d’écouter un set de DJ incroyable. Au même endroit se déroulait une performance “Beaux Dégâts”, un concept où des groupes d’artistes peignent en improvisant sur un thème donné. Cette fois-ci c’était “La basket Nike” et les peintures utilisées étaient réactives aux lumières des néons violets, ce qui donnait des couleurs incroyables !

Je n’ai pas pu prendre de photos des murales ce soir là car c’était vraiment le début des productions et il faisait assez sombre, mais si vous voulez en savoir plus, vous pouvez visiter le site de Under Pressure. Et si l’envie vous prend de vous balader dans le quartier en restant derrière votre écran voici ci-dessous la position du festival sur Google Street View.

Donc suite de l’histoire : retour sur le trottoir, on était en train de découvrir les performances live et on se retrouve en face de Sterling Downey, un autre personnage incontournable à Montréal, alias Seaz, le co-fondateur de Under Pressure. Il faut savoir que Sterling est aussi Maire suppléant de Montréal et membre de la Commission sur le développement social et la diversité montréalaise. Intéressant comme position : haut-placé et au contact des gens en même temps.

Mais ce soir Sterling ne porte pas la cravate ! Il est plutôt très cool avec son bermuda, c’est même lui qui vient pour nous saluer quand il voit qu’on est à côté de lui. Du coup j’en profite pour lui parler de ma mission d’échange d’expertise et de prospection autour du street art à Montréal et je lui explique aussi qu’on bosse avec le magazine La Strada, un des piliers de l’information culturelle dans le sud-est de la France. Il est vraiment à l’écoute et content qu’on soit venus au festival ce soir. Il me remet sa carte de visite et on échange alors sur de possibles interactions entre Montréal et chez nous, à Nice. En plus, l’an prochain en 2020 ce sera la 25ème édition de son festival. Ya peut-être quelque chose à faire me dit-il ?…

 

Murals Festival : le grand show Street Art de l’été à Montréal

Mural festival est une grosse machine : un événement durant 11 jours, avec des performances artistiques de qualité et un aspect commercial omniprésent. Ainsi, Le visiteur peut s’y déplacer librement, tout le long du Boulevard Saint-Laurent pour admirer les oeuvres en cours de productions et consommer dans les différents stands et animations qui y sont implantés. De ce point de vue là c’est vrai que ça marche. Le modèle économique de Murals Festival est très lucratif !

Mural festival existe ainsi depuis 2013 et permet à de nombreux artistes d’être rémunérés de trouver une très belle vitrine pour leurs productions. L’événement est organisé par Lndmrk Productions qui est un acteur majeur dans la production et la commercialisation de l’art, le business du street art n’étant qu’une de ses multiples activités. D’ailleurs, ayant acquis une expertise certaine dans ce domaine, les fondateurs de Lndmrk on créé en 2018 les Murals Awards. Ils ont ainsi “fait appel à un jury d’experts du milieu pour mettre en lumière ce qui s’est fait de nouveau, de beau et d’impressionnant dans le monde de l’art urbain” selon leur propres dires. Alors allez donc voir les résultats du Murals Awards 2018, les photos sont magnifiques ! Et si vous souhaitez avoir une vision globale de toutes les oeuvres implantées ainsi que la liste de tous les artistes, découvrez la carte dynamique des réalisations sur le site de Murals.

Durant mon voyage je n’ai pas pu rencontrer les organisateurs ni assister à cette manifestation de grande ampleur car elle se déroule annuellement au mois de juin. Ses dates sont calées sur celles du Grand Prix F1 de Montréal, choix stratégique qui permet de récupérer au passage les touristes du monde entier, plus d’un million chaque année (selon Journal Metro).

Pour la cinquième année consécutive, le festival a encore fait largement le plein d’après les témoignages des personnes que j’ai pu rencontrer. Je me suis alors posé la question de savoir si au final cela contentait tout le monde ? Je veux dire que d’une certaine manière, les habitants de Montréal peuvent subir toute cette effervescence, les rues privatisées, la foule, le bruit… Est-ce qu’on n’est pas dans quelque chose de démesuré en comparaison des projets éthiques de MU, du travail de ASHOP et du Festival Under Pressure très humain ? L’avenir le dira…

En tout cas, lors de ce festival de street art la qualité au rendez-vous. Les canadiens ont ce point en commun de faire dans l’excellence !

 

Conclusions

Durant ce voyage de 15 jours j’ai donc pu m’imprégner des différents modèles d’organisations qui produisent des murales à Montréal : MU, ASHOP, UNDER PRESSURE, LNDMRK pour ne citer qu’eux, mais j’aurais pu aussi parler de la marque de mode LE CARTEL qui a sponsorisé récemment une murale gigantesque réalisée par Ola Volo par exemple. Originaire du Kazakhstan et vivant à Vancouver, Ola est devenue une figure de la relève féminine dans le domaine du street art et quand un artiste a le vent en poupe, les sponsors ne s’y trompent pas…

Bref, quand je vous disait qu’à Montréal le street art est partout je n’exagérais pas, et encore, je n’ai pas parlé du tout des terrains vagues et autres bords de voie ferrée car là aussi il y a une énorme activité ! Non, je voulais dans cet article me concentrer vraiment sur les objectifs de tous ces acteurs, comment ils contribuent à générer une économie autour du street art et surtout, dans quelle mesure ils permettent d’améliorer la qualité de la vie à Montréal. Car au final c’est bien ça le plus important.

J’espère donc avoir donné quelques éléments de réponses pertinents ainsi que des liens qui vous permettront d’explorer plus en profondeur le sujet. Pour ma part, je suis revenu dans notre belle région du sud de la France, à Nice où, avec Phenix Lab nous organisons également des projets street art participatifs. Toute cette expérience outre-atlantique m’a énormément enrichi. J’en reviens avec des outils et des contacts précieux ! A nous maintenant de relever de nouveaux défis ici pour mettre en lumière le street art et tous les bienfaits qu’il peut apporter… 

 

Crédit photos : Olivier Dalban / Olivier Bousquet pour Mu / Ashop Productions / Lndmrk / Le Cartel